Accueil du site > Littérature > La littérature des Antilles françaises

La littérature des Antilles françaises

jeudi 17 septembre 2009, par Hendy Abdoul-Déchelotte

L’écriture antillaise est une littérature riche et malheureusement trop peu promue. Elle joue d’ailleurs un rôle important dans la promotion de la langue française.

Très souvent, cette littérature s’inspire du passé de l’esclavage et des troubles d’identité de la population antillaise. Il existe différents courants littéraires, varié et complémentaires, chacun représenté par un écrivain chef de file.

La Négritude est un courant littéraire, né dans les années 1950, fondé par le poète martiniquais Aimé Césaire, l’homme de lettres sénégalais Léopold Sédar Senghor et le poète guyanais Léon Gontran Damas. Ce courant recouvre trois influences : la philosophie des lumières, le panafricanisme et le marxisme.

JPEG - 20.7 ko
Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon Gontran Damas

L’idée principale de ce courant est la promotion de la culture et de la civilisation noire face au monde occidental qui les avait jusque là dévalorisées. Il veut affirmer l’existence d’une « identité nègre ».

Aimé Césaire, par exemple, aborde dans ses livres le thème du héros noir, du colonialisme, de l’émancipation et de l’Afrique mère patrie. Aujourd’hui des écrivains tel que Daniel Maximin, ou le poète et romancier Bertène Juminer ainsi que Xavier Orville romanciers latino-américains influencé par le surréalisme, s’inspirent de son oeuvre.

Bien entendu, le courant de la Négritude a ses détracteurs comme Frantz Fanon. Dans son essai Peau noire, masque blanc, paru au début des années 1950, ce médecin psychiatre d’origine martiniquaise étudie les conséquences humaines du colonialisme et du racisme. Il remet en cause l’idée d’identité noire africaine qu’il trouve trop réductrice.

L’Antillanité est un courant créé par Édouard Glissant dans les années 1960. Cette fois-ci, l’idée n’est pas de promouvoir une identité africaine mais antillaise. L’objectif est alors d’intégrer l’histoire de l’esclavage, l’héritage africain et la langue créole et de se les réapproprier. Maryse Condé s’est intéressée au courant de la négritude puis à l’antillanité.

La Créolité littéraire est un courant dans la continuité de la négritude et de l’antillanité. Ses représentants sont Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Son ambition est de créer un message universel à travers l’étude des différents peuples antillais et de l’histoire des Antilles. Par exemple, Patrick Chamoiseau s’oppose à l’idée d’une identité blanche ou nègre et prône la diversité culturelle. Gisèle Pineau, proche de ce mouvement, impose son style et son regard sur la condition de la femme antillaise.

Le Conte est né au XVIème siècle dans les habitations coloniales. La nuit tombée, le « maître béké » permettait aux esclaves de se réunir pour écouter celui qui allait leur raconter des histoires : le conteur. Le conte avait pour fonction de distraire et d’amuser. Il était aussi une parole de résistance où l’on pouvait entendre des paroles et messages interdits. C’est pour cela que l’on trouve souvent dans les récits beaucoup d’onomatopées, des dialogues incessants entre le conteur et l’assistance. Le conteur intervient encore aujourd’hui dans les veillées mortuaires pour capter l’attention des personnes venues soutenir la famille du défunt. Il délivre des comptines, des histoires drôles, des devinettes, par exemple :

  • « Yééé-Krik ? » hurle le conteur ;
  • « Yééé- Krak ! » doit répondre l’assemblée ;
  • « Kouté pou tann tann pou konpwan mé pa mélé non mwen adan bagay la sa... » (Écoutez pour entendre, entendez pour comprendre mais ne me mêlez pas à ces choses là...)

Le conte met en scène des humains ou des animaux. Les héros récurrents sont :

  • Ti-jean (« petit jean », représente la fragilité, la faiblesse et la ruse) ;
  • Misyé Li Wa (« Monsieur le roi », symbolisant le maître de la plantation) ;
  • Manman Dlo (« maman l’eau », la sirène) ;
  • Compère lapin (le lapin représente la malice, le cynisme, et la débrouillardise) ;
  • Compère Zamba (éléphant symbolisant l’esclave travaillant dans les champs de canne).

Le Roman réaliste est né avec René Bonneville. Son but est de décrire la société antillaise et son mode de vie. Puis Joseph Zobel, avec La rue case nègre, nous montre le petit peuple des Antilles durant la période Vichyste. Son œuvre sera considéré comme une critique du système politique, social et économique mis en place sous la France occupée. De nos jours, Tony Delsham s’inscrit aussi dans le courant réaliste.

JPEG - 11.1 ko

Voici quelques livres pour découvrir la littérature antillaise (liste non exhaustive !) :

  • Aimé Césaire : Cahier d’un retour au pays natal et Discours sur le colonialisme
  • Frantz Fanon : Peau noire, masques blancs
  • Patrick Chamoiseau : Texaco
  • Maryse Condé : Segou
  • Joseph Zobel : La rue case nègre
© Association Frontenac-Amériques. | SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0