
- Localisation de Port-des-Français - Carte du voyage de Lapérouse par Jacques Liozu, 1941
- Musée Lapérouse d’Albi
Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse (ou de La Pérouse) est né près d’Albi en 1741. Très jeune, il s’engage dans la Marine et participe à la guerre de Sept-Ans puis surtout à la guerre d’indépendance américaine. Après le traité de Paris de 1783 concrétisant les efforts de la France en faveur de l’indépendance des États-Unis, Louis XVI et son ministre de la marine, le Marquis de Castries, lui confient une mission d’exploration dans le Pacifique pour le compte de la France.

- Louis XVI donnant des instructions à Lapérouse - Tableau de Nicolas Monsiau, 1817.
- Musée du Château de Versailles
L’expédition, composée de nombreux scientifiques qui prennent place à bord de deux bateaux La Boussole et L’Astrolabe, part de Brest le 1er août 1785. Dans son parcours, elle comporte notamment une escale en Amérique du Nord, dans l’actuelle Alaska.
Après avoir atteint la côte nord-ouest de l’Amérique à la hauteur du Mont Saint-Élie, après un an de navigation, Lapérouse découvre une magnifique baie dominée par des hautes montagnes et bordée de glaciers. Il la nomme Port-des-Français et y séjourne du 3 au 30 juillet 1786.
Malgré un accès difficile par une passe très dangereuse, l’expédition s’y arrête afin de prendre du bois et de l’eau et récupérer six canons dans les cales pour les installer en vue de la traversée vers la Chine. Les deux ingénieurs Monneron et Bernizet lèvent le plan de la baie, mais l’exploration du fond de celle-ci pour trouver un passage navigable vers l’intérieur de l’Amérique ne donne rien. Pour la troisième fois depuis le départ, un observatoire est installé à terre. La baie, riche en ressources animales, est très fréquentée par les populations amérindiennes avec lesquelles se font de nombreux échanges et Lapérouse y identifie un potentiel intéressant pour la traite des fourrures.

- Costumes des habitants de Port-des-Français sur la côté Nord-Ouest de l’Amérique - Dessin de Gaspard Duché de Vancy, 1786
- Archives de la Marine française
Mais Port-des-Français va aussi être le lieu d’un dramatique épisode de l’expédition. En effet, le 13 juillet 1786, Lapérouse envoie un détachement d’officiers et de marins sonder la baie à bord de deux biscayennes et d’un petit canot, afin de porter la profondeur et la nature des fonds sur le plan levé par les ingénieurs de l’expédition. Ce travail de routine, qui est le prétexte d’une sortie d’agrément, tourne à la tragédie. Malgré les recommandations de prudence de Lapérouse, le lieutenant de vaisseau Descures, qui dirige l’opération, s’aventure trop près de la passe. Sa biscayenne, entraînée par le courant de la marée, est engloutie. En voulant lui porter secours, l’autre biscayenne subit le même sort ; seul le petit canot, plus stable, échappe au naufrage.
Cette catastrophe fait perdre à l’expédition vingt-et-un marins dont Edmond de Laborde de Marchainville et Ange de Laborde de Boutervilliers, les deux fils du banquier et mécène proche de la famille royale Jean-Joseph de Laborde. Très affecté, Lapérouse fait parvenir en France le récit du drame qui déclenche une grande émotion. Le tableau commémoratif peint par Louis-Philippe Crépin en 1806 contribuera à faire connaître cet événement et à donner une dimension héroïque à l’expédition.
L’équipage de Lapérouse prend ensuite la direction de Monterey, colonie espagnole en Californie. Elle disparaîtra ensuite mystérieusement en 1788 dans l’île de Vanikoro, faisant entrer Lapérouse dans la légende. Ainsi, le roi Louis XVI, avant d’être guillotiné à Paris le 21 janvier 1793, aurait demandé : « A-t-on des nouvelles de M. de Lapérouse ? ».
Une magnifique exposition a lieu en ce moment sur les découvertes de Lapérouse au Musée de la Marine (Trocadéro) à Paris jusqu’au 20 octobre 2008. À ne pas manquer !

