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Charles de Gaulle et le Québec

dimanche 13 septembre 2009, par Nicolas Prévost

« Le fait que la langue française perdra ou gagnera la bataille du Canada pèsera lourd dans la lutte qui est menée pour elle, d’un bout à l’autre du monde. »

Charles de Gaulle en 1967

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Charles de Gaulle descendant les marches de l’hôtel de ville de Montréal en 1967
Archives municipales de Montréal

Charles de Gaulle (1890-1970) a toujours montré beaucoup d’intérêt pour l’histoire de la France en Amérique. Ainsi, en 1913, à 23 ans, alors qu’il est sous-lieutenant, il est chargé de prononcer une conférence devant ses camarades. Il choisit de présenter trois héros de l’histoire de France : Jeanne d’Arc, Du Guesclin et… Montcalm. Pour le futur chef de la France Libre, le général Montcalm, défenseur de Québec, est un illustre personnage « dont le sublime amour pour la patrie le fit héroïque ».

En 1940, suite à l’appel du 18-Juin et lors d’un discours radiodiffusé, Charles de Gaulle s’adresse aux Québécois car, disait-il, « personne au monde ne peut comprendre la chose française mieux que les Canadiens-français ».

Devenu président en 1958, le Général de Gaulle reçoit en 1961 le Premier ministre québécois Jean Lesage et lui déclare : « Vous êtes le Québec ! Vous êtes les Canadiens-français ! Il n’y a pas de temps écoulé qui ait pu effacer de l’esprit et du cœur de la France la pensée nostalgique de ses enfants qu’elle a laissés là-bas il y a bientôt deux-cents ans. Nous croyons que l’équilibre général du monde ne peut que gagner à la présence et à l’expansion, sur le sol du Nouveau Continent, d’une entité française de souche, de culture et d’activité. »

C’est en 1967 que va se révéler la volonté du Général de faire une action d’éclat pour le Québec. Outre le fait que, cette année-là, Montréal accueille la prestigieuse exposition universelle, le Québec reçoit en juillet la visite du président français. Charles de Gaulle, qui connaît parfaitement l’histoire du Québec et des Canadiens-français, a un but bien précis qu’il indique à son entourage : il faut « réparer la dette de Louis XV », allusion à l’abandon de la Nouvelle-France par ce roi en 1763.

Le 23 juillet 1967, après une escale aux îles françaises de Saint-Pierre-et-Miquelon, l’arrivée du président français par bateau militaire à Québec est triomphale. Dans cette ville, il souligne que « s’affirme une élite canadienne-française de jour en jour plus active, plus efficace, mieux connue ». Tout le long du Chemin du Roy, route qui relie Québec à Montréal et le long de laquelle on a placé en alternance des drapeaux tricolores français et fleurdelisés québécois, Charles de Gaulle est acclamé par la foule. À chaque arrêt, le président de la République répète aux Québécois que la France « a des devoirs envers eux » et qu’elle « doit les aider ».

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Le balcon de l’hôtel de ville de Montréal
Photo : N. Prévost

Le 24 juillet, il s’adresse à une immense foule rassemblée à Montréal sur la place Jacques-Cartier. Depuis le balcon de l’hôtel de ville, Charles de Gaulle vante le dynamisme des Canadiens-français, leur entrée fulgurante dans la modernité, reconnaît leur effort de développement et d’affranchissement, et termine son discours par « Vive Montréal ! », puis « Vive le Québec ! », avant de crier « Vive le Québec libre ! ». La foule est véritablement en délire, comme le montrent les enregistrements de l’époque — nous vous proposons d’écouter la fin du discours (fichier audio au format MP3, 2,2 Mo). Surtout, c’est la première fois qu’un chef d’État étranger soutient ouvertement le groupe canadien-français et comprend leurs préoccupations. Par la même, Charles de Gaulle essaie de confirmer la confiance que le peuple québécois vient de prendre en lui-même.

Tous les Québécois n’approuvent pas de Gaulle, mais le gouvernement fédéral canadien encore moins. Il s’ensuit donc un froid glacial dans les relations Paris-Ottawa. Le Premier ministre fédéral qualifiant « d’inacceptable » les propos du Général de Gaulle, celui-ci décide tout simplement de ne pas aller à Ottawa et de rentrer en France. De Gaulle s’est à peine envolé que la presse anglophone se déchaîne en alignant les injures. Mais curieusement, la presse française est presque encore plus virulente, même si on peut remarquer la pointe d’humour du Canard Enchaîné qui dit du Général de Gaulle qu’il faut lui « clouer le Québec ».

Il n’empêche que les quatre petits mots prononcés par le Général mettent une fois pour toutes le Québec sur la carte du monde. Le « Vive le Québec libre ! » passe très vite à la postérité et sonne comme un encouragement de la part d’un pays ami pour poursuivre la politique d’ouverture et de modernisation dans le cadre de la francophonie.

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Statue du Général de Gaulle à Québec, inaugurée en juillet 1997 à l’occasion du trentième anniversaire de son voyage au Québec. On peut lire sur son socle : Charles de Gaulle (1890-1970) Président de la République française de 1958 à 1969 « On assiste ici à l’avènement d’un peuple qui dans tous les domaines veut disposer de lui-même et prendre en main ses destinées. » Charles de Gaulle, Québec, le 23 juillet 1967
Photo : N. Prévost
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