Notre association tient tous les ans au printemps à Saint-Germain-en-Laye son Assemblée générale. Voici les différents rapports moraux établis par notre président Nicolas Prévost depuis 2004.
Assemblée générale 2009
Le bilan du 400ème et les grandes orgues
L’année 2008 a été celle du 400ème anniversaire de la fondation de la ville de Québec. Il faut bien le dire : le bilan est plutôt mitigé. Même la météo s’était mise contre, car il pleuvait à verse pendant la cérémonie le 3 juillet 2008 célébrant l’arrivée de Samuel de Champlain 400 ans plus tôt ! La France, pourtant mère patrie, a eu un rôle extrêmement limité, ses projets d’escalier et de reconstitution des halles de Brouage ayant été abandonnés. Le comportement des pouvoirs publics français (et même québécois d’ailleurs !) a été également extrêmement décevant, notamment le comité Raffarin. Il faut tout de même noter la belle réalisation à Québec de la reconstitution des orgues dans l’église du Musée de l’Amérique française, prenant pour modèle l’orgue de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois à Dourdan (Essonne). La motivation a dernièrement semblé plus grande pour célébrer cette année le 250ème anniversaire de la Bataille des Plaines d’Abraham (1759) qui a eu comme conséquence la perte ultérieure de la Nouvelle-France au profit des Anglais. Cette commémoration a donné lieu à une intense polémique au Québec et a finalement été annulée.
Les troubles sociaux aux Antilles françaises
En Amérique francophone, l’année écoulée a été essentiellement marquée, aux Antilles françaises, par plusieurs semaines de grève dure, menées entres autres par le LKP. Ces blocages, s’appuyant sur des revendications légitimes contre la vie chère, ont toutefois paralysé l’économie de l’île au cri de « La gwadeloupe sé tan nou, pa ta yo ». Reste aussi à savoir quelles seront les conséquences politiques de cette crise, notamment en métropole. En effet, en juin 2009, lors d’un voyage aux Antilles, le président Nicolas Sarkozy a évoqué en Martinique un référendum sur l’autonomie. Bien que le président s’en défende avec force, est-ce un prélude à l’indépendance ?
De marché à market
Dans la vie quotidienne, l’année 2008 a vu se poursuivre les difficultés courantes de la culture française en Amérique, mais la France n’est pas en reste. Ainsi, dans notre pays, les commerciaux et décideurs français semblent avoir abandonné officiellement la langue française : par exemple, après le célèbre Leader Price (créé en 1989), puis Relay (issu des Relais H) en 2001, Monoprix a lancé Beauty Monop’ et Daily Monop’ en 2007. Plus récemment, le mouvement s’est même accéléré : le groupe Carrefour a supprimé l’enseigne Champion qui est devenu Carrefour Market, les magasins (déjà bien nommés) Shoppi vont devenir Carrefour City et enfin, il y a peu de temps, le groupe Auchan a imité son concurrent en transformant ses magasins Atac en Simply Market. Reste à savoir si Carrefour va devenir Crossroad ! Toujours est-il qu’il est maintenant tout à fait acquis que les décideurs français ont totalement renoncé à faire des efforts de créativité et d’imagination avec la langue française. Le Québec n’est donc logiquement pas en reste ! Chez nos cousins, la principale difficulté qui semble ressortir, au-delà des récurrences sur l’identité, est l’anglicisation de la ville de Montréal. En ce moment, par exemple, plus d’un millier d’infraction à la loi 101 sont examinées par les tribunaux.
Les Québécois, toujours à la pointe de la défense du français ?
Au niveau international, les hommes politiques québécois n’ont pas encore retrouvé la verve de la génération de René Lévesque ! Ainsi, très récemment, à la fin juin, le Premier ministre Québécois Jean Charest s’est exprimé en anglais à Bruxelles lors d’une conférence internationale sur l’environnement. La seule autre personne à faire de même a été le Premier ministre du Manitoba. Toutes les autres personnalités, y compris la représentante de l’Assemblée des régions d’Europe ou bien le représentant de la Catalogne, se sont tous exprimés en français. Voilà qui témoigne d’un changement radical dans le comportement québécois à l’étranger, et ce n’est pas propre au Parti Libéral du Québec, les autres partis politiques agissant de même.
Faut-il être anglophone pour diriger la deuxième ville francophone du monde ?
Il est d’ailleurs intéressant de constater que, toujours très récemment, une campagne de The Gazette a eu lieu contre la candidate du Parti Québécois à la mairie de Montréal pour les élections du 1er novembre prochain, l’ancienne ministre Louise Harel, sous prétexte que cette dernière ne parle pas anglais. Pourtant, quid de ne pas parler anglais quand on est maire de la deuxième ville francophone du monde et élu par les citoyens de cette même ville ? Demande-t-on aux maires de Mexico, de Brasilia ou de Paris d’être anglophones ? Quant à Ottawa, capitale officiellement bilingue du Canada, le maire ne parle même pas français ! La loi 101 a pourtant fait du français au Québec la seule langue officielle et publique. Mais, là encore, les politiciens jouent l’apaisement : dans une conférence de presse, Mme Harel a reconnu qu’elle a des difficultés à s’exprimer en anglais et a indiqué qu’elle suivrait des cours d’été ! Tout va pour le mieux alors !
Le français à utiliser, à développer et à aimer
Dans un monde, très utopique pour l’instant, où la France et le Québec auraient retrouvé leur identité francophone et surtout leur créativité littéraire et scientifique, la francophonie serait ce qu’elle aurait dû toujours être, c’est-à-dire un vaste espace mondial de circulation, d’échange d’idées, de créativité, de partenariat entre laboratoires de recherches, entre universités. Malheureusement, en dépit des grands principes votés par l’Assemblée parlementaire de la Francophonie qui a tenu dernièrement session à Paris, la francophonie est encore bien trop timide et ne va pas au bout de ses potentialités. Ceci dit, comme l’indiquait le linguiste Claude Hagège, le nombre de francophones dans le monde est toujours en constante augmentation, ce qui peut être une raison d’espérer.
Assemblée générale 2008
La commission Bouchard-Taylor et l’identité québécoise
Les derniers mois ont été riches en événements et débats sur l’identité québécoise et franco-canadienne. En particulier, la commission Bouchard-Taylor a rendu son rapport très médiatisé sur les « accommodements raisonnables », rapport qui a donné lieu assez rapidement à une intense polémique. Un des points le plus critiqués a été la proposition d’appeler les Canadiens francophones « Québécois d’origine canadienne-française ». Or, pour beaucoup, cette appellation ressuscite le terme jugé démodé de « Canadien-français ». D’autre part, elle montre aussi un rétrécissement de plus en plus problématique de l’identité des francophones nord-américains. En effet, alors qu’ils étaient des « Canadiens » à l’époque de la Nouvelle-France, ils sont devenus des « Canadiens-français » au XIXème siècle puis ensuite des « Québécois » à partir des années 1960. Si aujourd’hui ils deviennent des « Québécois francophones » ou des « Québécois d’origine canadienne-française », leur espace se rétrécit de plus en plus dangereusement…
Le français, langue commune à Montréal ?
Pour beaucoup, il est en outre assez clair que la langue française n’est pas systématiquement la langue commune à Montréal. Le Mouvement Montréal français a organisé récemment une étude montrant que la Loi 101 n’est pas respectée dans nombre d’entreprises et même de services publics au Québec. Ainsi, alors que l’État québécois prétend être une société francophone et propose aux immigrants de « vivre l’Amérique en français », l’étude révèle que le gouvernement québécois propose pourtant systématiquement aux immigrants et nouveaux québécois des versions bilingues de ses services. Ainsi, pour des nouveaux arrivants, l’image est donc assez logiquement la suivante : il y a deux langues ici, on choisit celle qu’on veut (et tant qu’à faire, celle qui est la plus parlée en Amérique du Nord), ce qui est évidemment contraire aux objectifs de la loi 101 qui était de faire du français la langue normale et commune dans l’ensemble du territoire québécois. Cela aboutit donc à une situation assez inextricable : les Québécois sont devenus peu combatifs pour faire la promotion du français, ils proposent pour tout ce qui est intéressant (et même pour ce qui ne l’est pas) des textes bilingues, ils utilisent l’anglais exagérément dans le milieu professionnel et par contre ils se plaignent ensuite, comme l’a d’ailleurs bien montré le rapport Bouchard-Taylor, qu’à Montréal les immigrants ne vivent pas en français. Seule une politique volontariste et partagée par l’ensemble de la société pourrait corriger cette situation.
La dénationalisation tranquille
Les autres difficultés sont les problèmes liés à la « dénationalisation tranquille » et à l’enseignement de l’histoire à l’école. L’universitaire Mathieu Bock-Côté dénonce particulièrement le détricotage de la nation et sa dissolution dans un ensemble communautariste dont la langue commune est plus ou moins l’anglais. Ainsi, comme dans les programmes scolaires, le Québec n’est plus le Québec mais « la société dans laquelle l’apprenant évolue », il n’y a pas de véritable projet unificateur d’intégration. Ainsi, comme l’héritage français est systématiquement occulté ou caricaturé pour laisser place à un obscurs maelström, plus personne ne peut avoir le sentiment qu’il existe une destinée commune à tous les membres de la nation québécoise. La conséquence est donc la médiocrité intellectuelle et le peu d’enthousiasme que déclenche, aussi bien au Québec qu’en France d’ailleurs, la célébration du 400ème anniversaire de la ville de Québec. Et malgré son écho médiatique très faible, cela n’empêche pas cette célébration d’être elle aussi victime de la polémique : par exemple, est-ce le 400ème anniversaire du Canada (comme le pensent le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois) ou le 400ème anniversaire de la ville de Québec (comme le pensent les souverainistes ou les férus d’histoire de la Nouvelle-France) ? À cela s’ajoute le fait que la France vient d’annoncer assez abruptement « la fin de la relation privilégiée que Paris entretient avec Québec depuis 1967 ». Jean-Pierre Raffarin annonçait notamment les intentions du président français Nicolas Sarkozy de mettre fin à la doctrine française de « non-ingérence, non-indifférence », probablement dans le cadre de sa visite à Québec à l’automne prochain. Puis, devant la polémique, le président a rectifié légèrement le tir en décorant Céline Dion avec la déclaration : « Les Québécois sont nos frères, les Canadiens, nos amis ».
Aimé Césaire
Ces derniers temps ont été aussi marqués par la mort d’Aimé Césaire, grand écrivain martiniquais, et grand penseur des Antilles. Ces funérailles ont été l’occasion d’un hommage unanime rendu par la classe politique de notre pays. Aimé Césaire est né en 1913 à Fort-de-France (Martinique). Il est un des fondateurs du mouvement littéraire de la négritude, et également un virulent anticolonialiste. Il a écrit son célèbre Cahier d’un retour au pays natal et son Discours sur le colonialisme en 1950. La ferveur déclenchée à l’occasion de son décès est un encouragement pour l’intérêt que l’on peut porter pour la création francophone en Amérique.
Assemblée générale 2007
Pour notre association Frontenac-Amériques, intéressée par les cultures francophones américaines, la situation du français dans le monde est un élément particulièrement important. Or, l’année qui vient de s’écouler a malheureusement montré une régulière érosion de la pratique du français en Amérique, et particulièrement au Québec.
Le français en difficulté à Montréal
En effet, le touriste attentif qui arpente les rues de Montréal ne peut que remarquer que le français n’y progresse pas. Malgré l’ambitieuse loi 101, les affiches unilingues anglaises ne sont pas rares et les radios anglophones fonctionnent à plein régime dans beaucoup de commerces. Dans la métropole du Québec, dont les habitants sont pourtant réputés pour être les défenseurs acharnés de notre langue, il est nécessaire de s’interroger sur les causes de cet essoufflement. En fait, l’anglais continue à s’infiltrer en douceur, de manière séduisante, surtout chez les plus jeunes, à travers le cinéma, la télévision, l’Internet, les jeux vidéo ou la musique. La conséquence est que l’intérêt pour la langue maternelle a commencé à décliner chez bon nombre de francophones.
Des Québécois moins combatifs... pour le moment !
De plus, le militantisme linguistique est pratiquement devenu un phénomène du passé au Québec. Non seulement les Québécois semble s’être ramollis, mais eux-mêmes assènent parfois les coups durs. Ainsi, par exemple, lorsque dans les années 1950, la direction du Canadien National décida de baptiser son tout nouvel hôtel de Montréal du nom de la reine Élizabeth d’Angleterre, cela déclencha une très vive vague de protestation. Or, de nos jours, quand Jacques Villeneuve, une des grandes figures du Québec contemporain, décide de traduire littéralement son nom de famille pour nommer son restaurant New Town, les Québécois ne réagissent presque plus. En voici alors la conséquence : pourquoi faire un effort pour respecter la loi 101, afficher et se nommer en français quand un Québécois ne le fait pas, quitte à traduire en anglais son nom de famille, à l’image de nombreux Canadiens-français du passé, à l’époque où M. Boisvert devenait Mr Greenwood et M. Leblanc devenait Mr White.
Bien sûr, au-delà de l’anecdote, tout ceci peut à tout moment devenir dramatique car, en raison du faible poids des francophones sur un continent nord-américain massivement anglophone, le français au Québec est en train de stagner, mis en danger par ses propres locuteurs devenus indifférents, résignés ou même carrément convertis à l’anglais.
Naissance du Mouvement Montréal Français
Bien entendu, tout le monde n’a pas capitulé. Depuis l’an dernier, le Mouvement Montréal Français s’active pour redonner au français toute la place qui lui est due dans la deuxième ville francophone du monde. La campagne Une langue à partager a été très suivie. Surtout, faire du français la vraie langue publique commune à Montréal paraît le seul moyen d’assurer une cohésion sociale digne de ce nom, dans un pays marqué par le multiculturalisme. D’ailleurs, à ce propos, contrairement aux idées reçues, les immigrants au Québec sont souvent les premiers à réclamer des cours de français et une véritable vie en français. Ainsi, il y a quelques jours, le 24 juin 2007, lors de la dernière Saint-Jean-Baptiste, de nombreuses communautés culturelles ont défilé à Montréal, drapeau québécois à la main et clamant leur passion pour la langue française. Pour cette vietnamienne présente dans le défilé et installée depuis 16 ans à Montréal, « le français est important, c’est une langue si belle et si précise. » Et d’ajouter qu’elle a « toujours insisté pour que [ses] filles ne fassent pas de fautes d’orthographe et parlent un français impeccable ». Voilà des raisons de ne pas désespérer !
Les élites françaises en déroute dans la défense de leur langue
Et la France dans tout ça ? Malgré une année politique extrêmement chargée et riche en élections, la question de la francophonie et de la place du français dans le monde n’a presque pas été abordée. Malheureusement, pour beaucoup de nos compatriotes, la langue française n’a plus du tout sa place dans le monde international des affaires. Elle serait devenue inutile. Seul l’anglais permettrait de faire des affaires et d’accéder à un avenir motivant et radieux. Pourtant, les entreprises de notre pays qui négligent la langue française jouent en réalité à terme directement contre leurs intérêts : en utilisant systématiquement la langue de leur concurrent, nos entreprises perdent un avantage fantastique, celui de la maîtrise des concepts et de la pensée. Malheureusement, c’est un piège dans lequel beaucoup de Français tombent par orgueil ou par naïveté. Ainsi, la pensée française ou francophone ne crée plus vraiment : elle traduit (ou même ne traduit plus !) des concepts anglo-saxons. À ce rythme, les étudiants étrangers non francophones se détourneront alors totalement des grandes écoles et des universités françaises et la France n’intéressera plus personne. À quoi bon étudier à la Reims Business School, à la Paris School of Economics ou à Gif Upon Yvette ? Il est bien entendu plus rentable et plus direct pour un étudiant russe ou chinois d’aller étudier directement en Angleterre ou aux États-Unis. Quant aux étudiants de la Francophonie, ils suivront le même chemin : chacun sait par exemple la diminution phénoménale du nombre d’étudiants québécois à Paris.
Pourtant, au-delà de ses nombreuses qualités d’élégance et de précision, le français est un moyen formidable d’influence et un atout majeur de dialogue des cultures à travers la planète. Ainsi, pour Abdou Diouf, ancien président du Sénégal et remarquable Secrétaire général de la Francophonie, « le combat de la langue va bien au-delà de la langue ». S’il n’est pas de raisons de désespérer et de devenir pessimiste, les défis du français, en particulier en Amérique, sont donc encore très nombreux. Et pour reprendre les mots du Général de Gaulle, « la bataille du Canada » est encore loin d’être gagnée.
Assemblée générale 2006
Notre association a déjà deux ans d’existence et a pour vocation de faire connaître en France les cultures francophones d’Amérique, du Québec à la mer des Antilles. Le personnage de Louis de Frontenac est une figure locale, ce grand gouverneur de la Nouvelle-France étant né à Saint-Germain-en-Laye en 1622.
L’anglais intensif au détriment du français au Québec
En dépit de sa présence en Amérique depuis plus de 400 ans, la langue française peut sembler dans une situation précaire actuellement. Ainsi, par exemple, même si le français est l’unique langue officielle du Québec, il existe toujours dans certains quartiers de l’ouest de Montréal des personnes vivant en anglais sans se soucier le moins du monde de la langue officielle du territoire dans lequel ils se trouvent. Dernièrement, le projet du gouvernement québécois d’instaurer l’anglais obligatoire dès la première année du primaire avec « stages intensifs » pour les élèves dès 6 ans est particulièrement inquiétant. La priorité ne devrait-elle pas être donnée à l’apprentissage de la langue officielle avant toute langue annexe ? Est-il souhaitable d’angliciser si rapidement de si jeunes enfants ? On a vu par le passé à quel point l’anglais a pu avoir une influence déstructurante sur le français du Canada.
Aller au CEGEP anglais pour être francophone ?
Vingt-cinq ans après son adoption, la Loi 101 est d’ailleurs toujours régulièrement attaquée devant la juridiction fédérale par des individus qui refusent de comprendre la situation québécoise et qui souhaitent contourner la loi pour envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Rappelons d’ailleurs qu’il est possible à n’importe quel Québécois de poursuivre ses études dans un Cégep (lycée) anglophone, ce qui est préoccupant à l’âge de l’adolescence où on commence à s’intéresser aux affaires du monde, aux journaux, à la politique…
L’assimilation anglaise se poursuit dans le reste du Canada
Dans le reste du Canada, l’assimilation est encore plus dévastatrice que jamais. Certains « francophones hors-Québec » vont à l’école française pour faire plaisir à leurs grands-parents, mais n’ont pas pour ambition de faire du français leur langue d’usage. De toutes façons, hors du Québec et de la partie acadienne du Nouveau-Brunswick, il est totalement impossible de vivre en français comme en France.
Le Québec : "la société dans laquelle l’apprenant évolue"
Un autre sujet préoccupant est le projet de réforme de l’histoire dans l’enseignement secondaire, entamé là aussi par le gouvernement québécois. Le but de ce projet est en théorie de donner un enseignement « moins politique » et « moins conflictuel » pour aboutir à une « histoire rassembleuse ». Ainsi, par exemple, la Conquête anglaise de 1763 est nommée en ces termes : « La Nouvelle-France connaît une forme de gouvernement absolu. Le pouvoir est détenu par le roi de France, qui en délègue une partie au gouverneur. Après 1763, c’est toujours un gouverneur, représentant cette fois le souverain britannique, qui dirige les colonies ». Si on en croit cette formulation, les Canadiens-français sont devenus britanniques sans trop de difficultés... Quand on lit en détail le projet, on finit par penser que le Canada n’a pas été découvert par Jacques Cartier mais par Jean Cabot, que la conquête de 1763 n’a pas été une conquête mais une victoire providentielle qui aurait apporté la démocratie anglaise aux colons canadiens, que Louis Riel n’est plus un héros mais un terroriste, de même que les patriotes de 1837. Quant aux Acadiens, leur déportation est totalement occultée. D’ailleurs, dans ces nouveaux textes, le Québec n’est même plus cité : il devient « la société dans lequel l’apprenant évolue ». On ignore encore les effets que cette nouvelle vision de l’histoire aura sur les futures générations.
Le grand moment à venir devrait être la commémoration des 400 ans de la ville de Québec en 2008. Pourtant, ce projet semble mobiliser bien peu les Québécois, et même les Français, puisque les grands projets sont au point mort. Et le contexte idéologique actuel de dévalorisation systématique de l’histoire de France ne joue pas en faveur de ces festivités. Après tout, l’empire français d’Amérique n’a-t-il pas été lui aussi un « Empire colonial » ?
Malgré ces difficultés, il y a tout de même des raisons d’espérer. L’image de l’Amérique française semble séduire de plus en plus de monde dans les pays francophones, aussi bien en France qu’en Afrique. De plus, nos cousins Québécois montre tous les jours qu’ils sont viscéralement attachés à la langue française.
Nous pouvons alors laisser les derniers mots au grand écrivain et poète sénégalais Léopold Sédar Senghor (dont nous fêtons en cette année 2006 le 100ème anniversaire de la naissance) :
« La Francophonie est un humanisme intégral qui se tisse autour de la Terre »
« le français est langue internationale de communication et il nous offre à la fois clarté et richesse, précision et nuance »
« La Francophonie n’est pas une idéologie, c’est un idéal qui anime des peuples en marche vers une solidarité de l’esprit ».
Puissions-nous à notre échelle faire vivre les mots d’un des plus grands magiciens de la langue française.
Assemblée générale 2005
Le nom de notre association L’association Frontenac-Amériques a été créée il y a tout juste un an, le 6 juin 2004. Elle a pris le nom de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France au XVIIème siècle, auquel nous avons ajouté le mot « Amériques » au pluriel, pour bien montrer notre intérêt pour l’ensemble du continent américain.
Louis de Buade, un grand Saint-Germanois L’idée de l’association est partie d’un constat : aucun lieu de mémoire ne rappelle la naissance à Saint-Germain-en-Laye de Louis de Frontenac. Louis de Buade, comte de Frontenac, est né au château de Saint-Germain-en-Laye en 1622, son parrain est le roi de France Louis XIII. En 1672, Louis XIV nomme Frontenac gouverneur de la Nouvelle-France. C’est sous son mandat que Louis Jolliet et le Père Marquette découvrent le Mississippi et qu’est construit le Fort Frontenac, près du Lac Ontario. En 1682, en raison de son fort caractère, Frontenac est rappelé en France mais y retourne en 1689 pour faire face aux Anglais. Il fait fortifier Québec et Montréal, et en 1690 repousse les Anglais de Phipps en disant : « Je n’ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons et à coups de fusils ». Frontenac meurt en 1698. À sa mort de Frontenac, la Nouvelle-France est à son apogée. En 1701, le gouverneur Hector de Callières signe la Grande paix de Montréal, un traité de paix et d’amitié unique en Amérique entre les Français et les nations amérindiennes. L’importance de l’œuvre de Frontenac explique qu’en 1890, le prestigieux hôtel du Canadien Pacifique à Québec est nommé « Château Frontenac ».
L’intérêt pour Frontenac est bien entendu un point de départ, une sorte « d’ancrage géographique ». Le but de l’association est avant tout de promouvoir les cultures francophones américaines. À l’heure actuelle, nous savons à quel point il est important de défendre la diversité culturelle contre l’uniformisation. Le combat du peuple québécois pour défendre la langue française est à ce titre remarquable. Les Français n’ont généralement aucune idée de ce que peut être la défense de la langue. Ils se posent trop rarement la question. Un séjour au Québec ne peut que les faire changer d’avis.
Notre association souhaite aussi rappeler que les cultures francophones d’Amérique sont aussi multiples. Il existe une dispersion francophone en Amérique du Nord, complexe et dont la situation est souvent contrastée. Les Acadiens du Nouveau-Brunswick, qui vivent près de la frontière du Québec, sont les seuls à pouvoir à peu près vivre convenablement en français. Il est en effet douloureux de constater que les autres francophones américains sont pour beaucoup plus ou moins assimilés, notamment au Manitoba où un grand nombre de francophones parle anglais à la maison. De même, en Louisiane, en dépit d’un certain intérêt pour l’héritage français, les francophones de langue maternelle ont presque disparu, et il est de toutes façons impossible de vivre en langue française dans un État des États-Unis. Comme le disent certains cajuns, nous vivons « dans le ventre du dragon ».
On peut rappeler aussi l’importance symbolique de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, notamment sur le plan stratégique et historique et par rapport à l’histoire du général de Gaulle et de la France-Libre. Le 21 juillet 1967, Charles de Gaulle dit aux habitants de l’archipel : « Vous êtes ici le symbole et la preuve de l’indépendance française vis-à-vis de qui que ce soit. » Rappelons que l’archipel constitue le seul vestige de la Nouvelle-France, cédée par Louis XV aux Anglais par le traité de Paris de 1763.]
Les autres territoires francophones américains appartiennent à la zone caraïbe. Là aussi, leur situation est contrastée. Haïti est un État indépendant alors que la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane sont des Départements d’Outre-Mer français. L’association Frontenac-Amériques s’intéresse aussi grandement à ces territoires, riches d’une très grande littérature et d’une histoire passionnante. Entre autres, le bicentenaire de l’indépendance d’Haïti a donné lieu à des écrits très intéressants sur la fin de l’esclavage et la décolonisation.
La langue française est donc bien présente outre Atlantique, et elle doit être une langue d’avenir, en Amérique comme ailleurs.